La forte progression du solaire raccordé en basse et moyenne tension modifie les conditions de fonctionnement des réseaux de distribution. Lorsque la production locale dépasse la consommation, l’électricité repart vers le réseau et la tension peut augmenter, en particulier en bout de ligne. Les onduleurs photovoltaïques peuvent contribuer à limiter ces variations en ajustant leur puissance réactive. Cette flexibilité locale aide à accueillir davantage de production renouvelable, mais elle doit être coordonnée avec les autres moyens de réglage du réseau.
La puissance réactive ne fournit pas d’énergie aux usages comme le fait la puissance active, mais elle influe sur la tension. Un onduleur peut en injecter ou en absorber selon les besoins et les consignes du gestionnaire de réseau. Une courbe de réglage dite Volt-Var, par exemple, adapte la puissance réactive à la tension mesurée au point de raccordement : l’appareil absorbe davantage lorsque celle-ci s’élève et réduit son action lorsque la tension revient dans une plage définie. Ce pilotage autonome peut réagir sans communication permanente avec un centre de conduite, à condition que les réglages soient adaptés aux caractéristiques locales du réseau.
Cette capacité reste toutefois encadrée par les limites électriques de l’onduleur. Celui-ci doit respecter une puissance apparente maximale, qui borne la combinaison de puissance active et de puissance réactive qu’il peut fournir simultanément. Si la production solaire est élevée et que l’appareil fonctionne déjà près de sa limite, fournir davantage de soutien réactif peut nécessiter de réduire la puissance active. Cette réduction doit rester une mesure de dernier recours, car elle diminue l’énergie renouvelable injectée ; la possibilité de maintenir une marge de puissance réactive dépend donc du dimensionnement de l’équipement, du raccordement et des règles applicables.
Le réglage des onduleurs ne peut pas être pensé isolément. Les transformateurs à prises réglables, les condensateurs et les consignes de tension utilisés par le gestionnaire agissent eux aussi sur le réseau. Des réglages indépendants et mal coordonnés peuvent entraîner des actions contradictoires, des changements de tension répétés ou des pertes électriques accrues, notamment lorsque des flux réactifs circulent sur de longues distances. Une stratégie efficace combine donc la réponse rapide des onduleurs avec les équipements de réseau, en tenant compte de la topologie des lignes, des profils de consommation et des variations de production solaire.
La mise en œuvre suppose aussi une connaissance suffisante de ce qui se passe sur le réseau. Les mesures disponibles en basse tension sont parfois limitées, alors que les tensions varient d’un départ à l’autre et selon l’heure. Des essais sur des configurations représentatives, puis le suivi des tensions et des échanges réactifs, permettent de vérifier que les consignes améliorent réellement la situation sans déplacer le problème. Pour les gestionnaires, les installateurs et les producteurs, l’enjeu est de définir des règles compatibles avec les équipements et compréhensibles pour les acteurs concernés.
La régulation de tension par les onduleurs constitue ainsi un levier de flexibilité utile à l’intégration des énergies renouvelables, surtout dans les réseaux de distribution fortement équipés en photovoltaïque. Elle ne remplace ni le renforcement des lignes lorsque celui-ci est nécessaire, ni une planification attentive des raccordements. Son efficacité dépend de réglages locaux cohérents, d’une coordination avec les équipements existants et d’un suivi des effets sur la courbe de charge et les pertes. En combinant ces conditions, le réseau peut mieux mobiliser les capacités déjà installées tout en préservant la qualité de l’alimentation.
